dimanche 24 juin 2018

J'ai arrêté de courir après la perfection

Il faudrait l'écrire sur les murs, le crier sur tous les toits, comme la mise en garde sur les paquets de cigarette: Le perfectionnisme nuit gravement à la santé.

Après une chute quelque peu traumatisante et dont je vous épargne les détails,  je me suis retrouvée, temporairement amochée, le visage tuméfié, incapable de me regarder dans la glace pendant presque deux semaines, tant mon apparence m'horrifiait. Heureusement, la bosse énorme que j'avais sur le front s'est dégonflée, les yeux au beurre noir ont changé de couleur, du violet au jaune, pour enfin disparaître, les fils ont été enlevés, les entailles qu'on avait  recousues ont cicatrisé.

Ce qui m'est resté, surtout, c'est cette insupportable sensation d'impuissance, une potentialité de catastrophe impossible à enrayer sur le moment.

Le perfectionnisme ne m'a pas tuée, mais j'ai, moi, décidé de le mettre à mort, cet ancien allié qui s'était  transformé en ennemi. Qu'il repose en paix!

Je voulais que ma vie ressemble à une image parfaite - une nature morte, en fait, après laquelle je courais en tentant tout le temps d'endiguer le chaos engendré par la vie.



Quand on travaille à ce point sa façade impeccable, il y des chances que l'intérieur soit un grand champ de ruines. Lorsque je me suis détournée de la course après une perfection somme toute superficielle, j'ai enfin pu me consacrer à mon bien-être intérieur. 


Il n'y a pas trop longtemps, pourtant, j'avais eu une de ces prises de conscience en demi-teinte, qu'il aurait fallu approfondir, avant de retourner au train-train quotidien et à toutes les attentes. La perfection n'existe pas.


Pourquoi ai-je continué à la viser alors, cette parfaite image, comme tirée d'un livre? Parce qu'une petite voix continuait à me souffler Mais 99%, tu peux? Ou 95, allez! En-dessous de 80%, franchement, quel laissez-aller...


Arrêter tout. Se dire qu'il suffit d'exister. Qu'on n'a rien à prouver. ça fait sacrément du bien.

En fait, pour de vrai, je suis ravie d'être tombée dans les escaliers.

Oui, vraiment.

Car pour la première fois depuis des années, je suis calme, apaisée, capable de profiter du moment présent.

Oh, je sais, cette zénitude va me passer de nouveau, je ne me suis pas transformée en bouddha, je reste une petite boule de nerfs, une pile remontée à mille.

Mais j'ai appris ma leçon. Je crois.

Certes, arrêter de courir après la perfection a un prix: celui de décevoir encore et encore, de ne plus répondre aux attentes. Les gens autour de nous, nos supérieurs, même nos proches... ont tendance à toujours demander plus, à nous pousser plus loin. Souvent avec de très bonnes intentions, parfois dans leur propre intérêt. Mais les gens qui nous aiment vraiment veulent toujours, si on va au fond des choses, que nous nous occupions de nous. Que nous ralentissions. Avec des crissements de pneus et les freins serrés à mort, s'il le faut. 

Les tâches devront parfois attendre, les gens devront patienter, et la chambre d'enfants ressemblera à un capharnaüm, certains jours. 



J'ai arrêté de courir après la perfection. Et ça me fait un bien fou.



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