dimanche 3 septembre 2017

Minimalisme: où j'en suis



Je m'intéresse depuis un moment au mouvement minimaliste (Sur les pas d'Ondine: Feng Shui-comment j'ai tenté de désencombrer ma vie)- ce mouvement répond sans doute, à la façon d'un pendule, au consumérisme auquel notre société est vouée depuis si longtemps. L'un appelle l'autre, en quelque sorte: plus nous nous sentons envahis de toute part par le shopping, les possibilités infinies, l'accumulation d'objets, plus naît cette soif d'épuration, de réduction, de simplicité. Réduire le nombre de choix, de décisions à prendre,  et par extension de préoccupations.

Des études confirment ce que j'ai pu constater dans ma propre vie et autour de moi: le surplus d'objets crée du stress et même de la dépression. Etre entouré de plein de choses inutiles qui nous encombrent et nous forcent à rester enlisés dans notre passé et dans nos vieilles habitudes, c'est l'opposé d'une clé pour le bonheur.

Le moment précis où j'ai pris conscience des bienfaits d'un certain minimalisme, c'était lorsqu'un jour, presque spontanément, j'ai décidé de réduire considérablement la taille de ma bibliothèque. Activité contre-intuitive s'il en est pour le rat de bibliothèque que je suis:  moi qui courais toujours les bouquinistes, les marchands de vieux livres, et qui jusqu'à aujourd'hui ne peux pas résister à la compulsion d'acheter tel nouveau roman de tel auteur que j'affectionne, le coeur battant...eh bien, oui, malgré tout cela, j'ai constaté que le fait de réduire l'ensemble de ma bibliothèque à l'essentiel (et donc me défaire d'innombrables cartons remplis de livres dont je me séparais - pour les revendre ou les donner) cela m'a procuré une clarté folle et complètement inattendue.

Ce jour-là, mon regard embrassait les étagères désormais dépouillées du superflu, et soudain, j'ai eu l'idée d'écrire un de mes premiers "vrais" articles sur le blog (La littérature contemporaine ou: comment revenir de ses préjugés) Cet article est né de la clarté apportée par la simplification que d'aucuns appellent minimalisme.


J'aurai toujours le souffle coupé à mettre les mains sur un nouveau livre, à découvrir un nouvel auteur. Feuilleter un livre, c'est un des plus grands plaisirs qui soit pour moi. Mais je me réserverai toujours le droit de me séparer d'un livre - de le faire passer à quelqu'un d'autre qui l'apprécie plus que moi, d'arriver à reconnaître quand un livre a fini de jouer son rôle - et ne garder que mes essentiels.

J'applique désormais ce principe à tous les domaines de ma vie.

Ceci dit, il n'empêche que je suis toujours très loin d'être une minimaliste. Tout d'abord parce que, comme la plupart des personnes de mon entourage, vivant dans un pays riche, j'ai énormément de possessions et beaucoup d'entre elles sont largement inutiles. Personne n'a besoin d'un grand écran plat, d'une voiture qui coûte cher, et de plus de vêtements qu'on pourrait porter en 6 mois. Et de tout un tas d'autres objets qui, si on les considérait du point de vue d'une personne pauvre vivant dans une petite cabane quelque part dans le Tiers Monde, ou encore du point de vue d'un SDF, ne pourraient être qualifiés que de luxe. Les gens qui, réellement, n'ont que le minium absolu pour vivre auraient sans doute beaucoup de mal à comprendre notre "minimalisme"!

Mon but, ce n'est justement pas de vivre avec le minimum. J'ai la chance de ne pas être forcée à me contenter de ce minimum, j'ai une grande maison, je suis très consciente d'être chanceuse, et, comme la plupart des gens dans ma situation, je mets à profit mon pouvoir d'achat: nous travaillons, mon mari et moi, nous gagnons de l'argent, et nous le dépensons (la plupart du temps de façon plutôt raisonnable)  Seulement... il arrive un moment où avoir plus et plus n'augmente pas le degré du bonheur. Une fois que les besoins de base sont assouvis, on risque très vite de se créer une cage dorée à force d'accumuler.

Il y a une autre très bonne raison pour laquelle ne ne peux certainement pas être vue comme minimaliste: comme le sait toute personne ayant des enfants, minimalisme et progéniture ne font pas très bon ménage. Est-ce peut-être parce que les enfants sont synonymes de vie, d'abondance, de débordement? ou alors parce que, lors même que je travaille à réduire mes propres possessions et à ne plus être attirée dans les pièges du marketing, notamment en ce qui concerne l'achat de vêtements, quand il s'agit de mes enfants, c'est une autre histoire: Je me vois mal mettre en place une capsule wardrobe  pour ma fille, tant j'aime à varier ce que je lui mets. C'est sans doute une faiblesse de ma part, et les vrais minimalistes y verraient sans doute une tare, mais vu que toutes les nouvelles habitudes que j'adopte servent surtout à me rendre plus heureuse, moi et aussi mes proches, cette petite/grande concession ne me pose aucun problème. Je pourrai sans doute retourner plus tard à un minimalisme plus "strict" - quand ma maison ressemblera de nouveau plus à un oasis et moins à un zoo (oui oui, même sans avoir d'animaux à la maison, un domicile où vivent des enfants ressemble toujours un peu à une ménagerie)

Ce qui est sûr, c'est que la phase de questionnement dans laquelle je me trouve depuis un moment a déjà porté ses fruits et que je ne verrai plus jamais les possessions matérielles du même oeil qu'il y a 5 ou 10 ans. Certes, j'ai parfois besoin d'une piqûre de rappel, je retombe, moi aussi, dans d'anciens mécanismes - les vieux réflexes shopping sont parfois tenaces - la grande machine appelée consumérisme est bien huilée et tient à sa survie! Mais je suis beaucoup plus consciente, désormais, que pour être vraiment heureuse, ce ne sont pas les faux besoins créés par les commerces qui devraient diriger mes choix.

Quelques questions utiles que je me pose souvent désormais: Est-ce que j'achèterais cet objet s'il n'était pas soldé? Est-ce que je le vois comme allant avec ma garderobe/ma maison/les autres objets de la même catégorie que je possède déjà etc. Est-ce que j'ai déjà un doublon? Est-ce un objet qui m'apportera encore de la joie dans 1, 2, 5 ans?

Qu'il s'agisse de livres, de vêtements ou de toute autre catégorie d'objets, dès que je vois que je n'ai plus de vue d'ensemble, que je me trouve dans un magasin et que je ne sais plus si je possède déjà un t-shirt dans le même genre et la même couleur, je m'oblige à m'arrêter, je me dis "stop". Quand je vais faire les magasins, j'essaie de le faire, désormais, seulement si je cherche quelque chose de précis (un nouveau jean, par exemple) et en étant très consciente de tout ce que j'ai déjà (un inventaire rapide des contenus de son dressing avant une séance de shopping n'est pas une mauvaise idée!)

La grossesse a pour moi (une nouvelle fois!) compliqué les choses: J'ai en fait deux garderobes en une, les vêtement de grossesse et d'allaitement d'une part, les vêtement ordinaires de l'autre. Entre cela et le fait d'essayer de rentrer de nouveau dans ses vêtements d'avant tout en continuant à allaiter, j'ai parfois du mal à m'y retrouver. Quelques semaines après avoir accouché, je me suis promenée en ville en pleine période de soldes, et j'avoue que je me suis de nouveau sentie attirée par les magasins, les pancartes, les promesses... tellement j'avais envie de nouveau me sentir comme un être humain. C'est bien sûr ce sur lequel capitalisent les magasins, ce sentiment procuré par l'achat d'un nouveau vêtement qui vous fait sentir un peu comme une nouvelle personne. Or, bien sûr, c'est un sentiment qui ne dure pas et on se rend compte bien vite que rien n'a changé.

Je ne me range dans aucune case, ni minimaliste, ni autre, mais je peux dire que ma nouvelle devise c'est: simplifier, simplifier et encore simplifier. J'essaie d'appliquer ce principe également à ma cuisine d'où sont en train de disparaître tous les outils qui: a. ne me servent quasi jamais b. sont redondants c. peuvent facilement être remplacés par un outil multi-usage.

Ce que j'aime également beaucoup dans le mouvement minimaliste, c'est la manière dont les maisons ou appartements sont épurés du point de vue esthétique: on oublie les tonnes de décorations, les bibelots déposés sur les meubles, les tableaux et photos par dizaines sur les murs.  Là aussi, j'aime beaucoup, désormais, simplifier (au grand soulagement de mon mari qui autrefois "souffrait" en silence de mes décorations encombrantes) Le regard peut aisément glisser sur les surfaces de meubles ainsi que sur les murs - les pièces dégagent ainsi un côté zen et paraissent même plus grandes qu'elle ne le sont.

Là où je vois également une grande différence maintenant par rapport à autrefois, c'est quand je voyage: avant, j'achetais des cartes postales que je collectionnais, partout où j'allais, comme si je voulais contenir tous les lieux visités pour ne pas les perdre. Ou je rapportais des petits bibelots, ces soi-disant "souvenirs", de mes voyages - pour me rendre compte très vite, toujours, que ces objets n'avaient pas leur place chez moi, que j'avais juste voulu prolonger quelque chose qui avait pris fin, en essayant de l'intégrer à mon quotidien. Alors qu'en réalité, les "souvenirs" étaient dans ma tête, pas dans des objets inutiles et souvent un peu ridicules même.

Finalement, j'ai aussi changé d'attitude par rapport à tout ce qui est cadeaux, souvenirs, et objets sentimentaux. La prise de conscience que j'ai eue est la suivante: si le souvenir auquel je suis attachée est vraiment si fort, il n'y a pas besoin d'un objet pour me le rappeler. Si en revanche sans cet objet je l'oublie, c'est qu'il ne valait pas trop la pein d'être retenu. Et puis, j'aime tellement être dans le moment présent, que vouloir toujours se raccrocher au passé est un peu un écueil à éviter. On garde tellement d'objets par nostalgie, mais aussi à cause d'un vague sentiment de culpabilité - tout cela, je voudrais m'en libérer, car, au risque d'offenser, de ne pas être comprise, la liberté de  ne garder que ce qui nous cause vraiment de la joie, cela n'a pas de prix.

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